La Fédération Laurentienne: une histoire de soixante ans qui continue

A 32 birds eye campus with huntington and thorneloe

Ce mois de septembre marque le 60e anniversaire de la Fédération Laurentienne. Inspirée par le modèle de l’université de Toronto, notre fédération a su créer une entité bilingue et laïque (connue à l’époque comme « University College ») qui recevait des fonds gouvernementaux et qui les partageait avec les collèges confessionnels qui, normalement, n’étaient pas admissibles pour du financement public. C’était une action audacieuse et avant-gardiste. En fait, le Sudbury Star a perçu ceci comme étant « la plus grande expérience entreprise dans la haute éducation canadienne. » (traduction) Parmi un contexte de division sociale entre les francophones et les anglophones, les catholiques et les protestants, la fédération a uni des partenaires improbables: l’Université de Sudbury (fondée par les jésuites en 1913 comme le Collège du Sacré-Cœur), l’université Huntington (établie par le United Church (Église unie) en 1960) et l’université Thorneloe (fondée par les anglicans l’année suivante). Comme l’a commenté l’évêque catholique Alex Carter, un des principaux promoteurs de la fédération, à l’époque : « Le peuple canadien a les yeux fixés sur notre entreprise », car elle a créé, pour la première fois au Canada, une communauté universitaire véritablement bilingue et pluriconfessionnelle. Les accords fondateurs de la fédération furent signés le 10 septembre, 1960.

De maintes façons, le but de la fédération reflétait les valeurs et l’esprit du Canada-même. Dès le début, c’était d’être une institution bilingue, affirmant les deux langues officielles. Elle incarnait l’esprit du fédéralisme, que ses fondateurs ont vu comme une des meilleures façons de promouvoir la diversité au sein de l’unité. Tout comme le Canada, la fédération à son meilleur rehausserait les valeurs de ses communautés fondatrices, créant un espace de dialogue entre ce qui était perçu comme les « deux solitudes » du Canada. À d’autres moments, tout comme le Canada, la fédération verrait des défis découlant de malentendus et de tensions entre les membres plus gros et plus petits, souvent au sujet de financement et de gouvernance. Pourtant, pour ses architectes, la Fédération Laurentienne devait être fondée sur « la compréhension mutuelle, la bonne volonté et la coopération » comme établi dans le document fondateur, un but qui demeure tout aussi inspirant maintenant qu’à l’époque.

Au cours de son histoire de soixante ans, la Fédération Laurentienne a représenté la diversité des communautés locales, leur offrant un endroit d’inclusion et des occasions d’avancement. La communauté franco-ontarienne a vécu un moment tout à fait historique en 1975 lorsque son drapeau fut hissé, pour la toute première fois, à l’Université de Sudbury (U de S). Aussi en 1975, l’U de S a établi le programme nommé « Native Studies » à ce temps, un des premiers de ce genre au Canada, mettant en vedette les pratiques autochtones quant au savoir et la spiritualité. Pour répondre aux besoins de notre population vieillissante, Huntington a créé un programme fructueux en gérontologie. De sa part, Thorneloe a souligné le rôle des femmes et des minorités sexuelles par son programme « Women and Gender Studies ». Comme le montrent ces exemples, la fédération a été un microcosme du Canada-même, indiquant les défis, mais aussi les occasions de dialogue et de réconciliation entre diverses communautés.

Parmi la rationalisation grandissante en éducation supérieure aujourd’hui, il est possible que certains se demandent si une telle fédération est encore nécessaire. Après tout, ne serait-ce pas plus efficace financièrement de combiner de telles institutions fédérées pour en faire une seule entité plus grosse? C’est possible. Toutefois, autres modèles fédérés – tels que l’université de Toronto et l’université Western – se sont méfiées de telles approches imprévoyantes. Celles-ci et autres fédérations savent que la satisfaction étudiante est directement liée au sentiment de communauté, qui est rehaussé dans de plus petites communautés. Le génie d’une fédération repose dans le fait que les étudiants se trouvent un « chez-soi », leur niche, parmi un tout, comme dans le modèle Oxbridge (ou, plus populairement, les maisons de Hogwart’s dans Harry Potter). Un sens de communauté rehausse de beaucoup l’expérience étudiante, voulant dire qu’il est plus probable que les étudiants recommandent leur collège ou université aux autres et de devenir des diplômés engagés et contributeurs. Les « collèges » au sein d’une fédération attirent des étudiants de leurs réseaux locaux, nationaux et internationaux, optimisant ainsi la qualité, la composition et la réputation de la communauté universitaire élargie. Les fédérations qui ont connu du succès ont réalisé que ce qui est bon pour les partenaires fédérés est bon pour la communauté universitaire en entier. En effet, de tels partenaires offrent des voies vitales pour les communautés envers la plus grande université, offrant aux étudiants des valeurs fondamentales et de l’expérience directe de leadership et d’engagement social. Pendant des générations, les institutions fédérées ont formé des leaders dans les humanités, leur enseignant des aptitudes pour le dialogue et la réconciliation qui sont d’autant plus nécessaires aujourd’hui dans notre monde de plus en plus polarisé.

En célébrant ce soixantième anniversaire, les membres de la Fédération Laurentienne font beaucoup plus que célébrer eux-mêmes. Ils célèbrent la diversité et les accomplissements des communautés diverses qui les représentent – les communautés qui les ont fondés, qui continuent de les appuyer et qui les guideront dans les années à venir.

John Meehan, S.J., Ph.D
Recteur et vice-chancelier
Université de Sudbury    

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